La continuité, c’est maintenant !

Face aux lobbies, un seul geste...

 


Par David JOLY - Vice Président de la CVN


Lors du dernier rassemblement citoyen contre l’inscription de la corrida au patrimoine culturel immatériel de la France qui s’est tenu le 20 octobre dernier face au Conseil d’État, Jean-Pierre Garrigues, Vice-président du Crac Europe pour la protection de l’enfance, n’a pas manqué de rappeler les propos tenus par Manuel Valls dans les colonnes du Midi libre quelques jours avant que le Conseil constitutionnel examine la question prioritaire de constitutionnalité relative à la pratique de la corrida autorisée dans certains départements du sud de la France.

Le ministre de l’Intérieur avait indiqué clairement que le Gouvernement Ayrault comptait dans ses rangs plusieurs aficionados qui avaient les moyens de bloquer tout projet abolitionniste.

Quels moyens ? Les moyens de leurs ministères respectifs bien sûr, à commencer par celui de l’Intérieur.

Des ministres sont donc prêts à utiliser des moyens publics, appartenant à la Nation, pour défendre leurs intérêts individuels, en l’occurrence leurs petits plaisirs sadiques.

 

Au passage, notez qu’une telle pratique réalisée dans une société du secteur privé (c’est-à-dire un salarié ou un dirigeant qui utilise à titre personnel les moyens de l’entreprise) porte clairement un nom : l’abus de biens sociaux pénalement répréhensible de 5 ans d’emprisonnement et/ou de 375 000 € d’amende. Vous me direz, quand on vénère un acte de torture pénalement répréhensible de 2 ans d’emprisonnement et/ou de 30 000 € d’amende, on n’est pas à ça près.

 

Le 20 mars dernier se tenait l’assemblée générale de la fédération nationale des chasseurs. En bonne ministre de l’Écologie, Delphine Batho s’y est rendue pour y tenir un discours tout à la gloire du monde cynégétique.

Extrait parmi tant d’autres : «  Le Président de la République vous l’avait dit, je tiens à vous le répéter ici : la chasse est un atout écologique, social et économique pour les territoires ruraux qu’il faut non seulement préserver, mais aussi développer. »

« Le changement, c’est maintenant » disait-il lorsqu’il voulait se faire élire. Jamais un slogan de campagne n’a été si mal choisi. Car s’il y a une chose qui caractérise ce gouvernement socialiste, c’est bien la continuité de la politique menée durant le quinquennat précédent.

J’ai dit socialiste ? Je ne fais que reprendre leur propre terme. Eh oui, ils ont en plus la prétention de se revendiquer du socialisme, l’outrecuidance de s’estimer dans la lignée de grands noms qui eux représentaient le socialisme sans le revendiquer ni même parfois le savoir, et qui ont forgé les lettres de noblesse de cette pensée en la mettant au service non pas uniquement du peuple, mais du Vivant tout entier : Marie Huot, Émile Zola, Marguerite Yourcenar, Victor Hugo…

Qu’est-ce que ce gouvernement a de socialiste ? Absolument rien. Comme ses prédécesseurs, il entretient cette tradition de prosternation face aux lobbies en tous genres à l’origine de bien des souffrances et de bien des morts. La chasse, la corrida, les laboratoires pharmaceutiques, les élevages concentrationnaires, ont de beaux jours devant eux.

Enfin façon de parler. Car il y a une chose qu’ils n’achèteront jamais : notre engagement pour le respect et la défense de la vie, seule richesse qui compte.

Notre culte de la vie face à leur culte de l’argent : le combat semble bien déséquilibré. Et pourtant. Nous avons démontré plus d’une fois notre capacité à nous fédérer. Hier 4 000 dans les rues de Paris pour dénoncer la barbarie des arènes, demain tout autant à Alès pour voir mourir cette tradition ignoble dans la capitale des Cévennes.

Et ce n’est pas les tentatives de désinformation récurrentes orchestrées par les gouvernements successifs (tel Manuel Valls envoyant ses sbires effectuer le comptage des manifestants trente minutes après la dispersion de la manifestation pour pouvoir annoncer à peine 200 participants…) qui empêcheront nos victoires sur le terrain.

Oui, la victoire sur le terrain de l’action sera de plus en plus fréquente.

Il est cependant un fait qui, s’il déplaît à nombre d’entre nous, ne peut être occulté : tant que notre présence sur un autre terrain, celui de la politique, le seul où l’on puisse légiférer, ne sera pas assurée, aucune avancée ne pourra être acquise d’un point de vue légal. Et aussi longtemps que nous nous refuserons à nous y aventurer, le Vivant, qu’il s’agisse des taureaux, des sans-logis, des animaux sauvages, des victimes de produits pharmaceutiques, des animaux d’élevage, des réfugiés de guerre, sera éternellement malmené, quel que soit le parti politique au pouvoir.

« Cela nécessite bien des compétences » nous moqueront certains. Effectivement, ce ne sera pas chose facile. Mais ceux qui sont en place depuis plus de 50 ans les ont-ils, ces compétences ? Que nous propose-t-il à longueur d’année en dehors du chômage, des déficits, du développement des déserts médicaux, scolaires, judiciaires, des scandales financiers, sanitaires, sociétaux, environnementaux, politiques ? Strictement rien.

Alors un parti politique ayant pour socle fondamental le respect du Vivant serait un parti politique qui ferait d’ores et déjà mieux que toute entité existante.

Osons.

DJ.

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