La chasse : une américanisation de la France

Il aura de nouveau fallu un monstrueux drame pour que les têtes pensantes des États-Unis se penchent sur le problème de la circulation des armes à feu sur leur territoire.

Quelle va être la durée de leurs moulinets ? Juste le temps de l’émotion et d’ici quelques semaines, tout rentrera dans l’ordre pour le sacro-saint lobby des armes : chaque Américain pourra continuer à acquérir tous les instruments de meurtre qu’il désire et se livrer, où il veut et quand il veut, à un nouveau carnage.

Les médias français se sont bien sûr emparé du sujet durant de longues heures. Du drame, de l’émotion, des larmes : tout ce qu’il faut pour faire de l’audience.

Sans qu’on leur demande, sans qu’un parallèle ne soit effectué, certains individus se sont  invités pour débattre du sujet. Des individus possédant des liens étroits avec les quelques activités pratiquées en France à l’aide d’armes à feu. En tête de ceux-ci : Thierry Coste, le communicant officiel de la fédération nationale de chasse (si, si, vous connaissez, il s’agit de ce monsieur qui, en bon représentant du monde cynégétique, s’assoit sur la loi et arpente les couloirs de l’Assemblée nationale sans autorisation pour rencontrer de dociles députés qui lui assureront une énième loi pro-chasse).

Et pour cela, Thierry Coste a eu recours au désormais organe officiel de propagande de la torture et de la souffrance de l’animal : la matinale de France Inter.

Qu’est-il donc venu y expliquer ? Tout simplement que l’on ne pouvait comparer à aucun moment les législations française et américaine pour ce qui est de la détention d’armes à feu, encore moins le degré de conscience de la responsabilité nécessaire des détenteurs de ces armes.

En effet, contrairement aux Américains moralement laxistes, les chasseurs français ont pleinement conscience de la responsabilité qui leur incombe vis-à-vis des armes qu’ils détiennent, et que par conséquent il est tout bonnement impossible de voir naître un jour sur le sol français une tuerie semblable à celle de Newtown.

Thierry Coste a tout à fait raison sur un point : on ne constatera jamais un tel massacre chez nous opéré par un pratiquant de la chasse, non pas en raison de sa conscience, de sa morale qui lui interdiraient d’utiliser son arme contre autre chose qu’un animal, mais du fait que ce chasseur n’aura jamais accès (du moins légalement) à une arme automatique capable d’envoyer des rafales de balles. Donc une fois ses deux cartouches utilisées, le temps de recharger le fusil sera toujours suffisant aux cibles humaines pour prendre la poudre d’escampette.

Mais la seule différence avec les États-Unis s’arrête là : l’utilisation par les chasseurs de leurs armes contre leurs congénères n’est pas moins fréquente dans nos contrées que de l’autre côté de l’Atlantique.

Je ne parle pas ici de la trentaine d’homicides que génèrent les parties de chasse chaque saison. Il paraît que ce sont, d’après leurs auteurs, des accidents (un argument qui apparemment fonctionne très bien à la barre des tribunaux au vu des peines dérisoires prononcées par ces derniers). Non, là je vous parle de meurtres ou tentatives de meurtre volontairement procréés à l’aide d’armes de chasse.

Exagération ? Faites le test suivant : rendez vous sur votre moteur de recherche habituel et entrez les mots « meurtre fusil chasse ».

De mon côté, en me limitant à l’année 2012 et à pas plus de cinq minutes de visualisation des résultats, voilà ce que j’ai recensé :

-          14 février : à Gouvieux (Oise), lors d’une réunion de famille, l’un des convives a menacé de mort un autre participant à l’aide de son fusil de chasse ;

-          22 juin : un chasseur a été condamné à 22 ans de réclusion pour un double meurtre à La Chapelle (Charente) en 2009 ;

-          14 juillet : un chasseur tire 13 cartouches depuis son balcon dans le centre du Havre (Haute-Normandie) en direction de la rue où des badauds étaient présents ;

-          26 juillet : dans l’Hérault, après avoir poussé son ex-concubine dans les escaliers, un chasseur la menace avec son fusil de la « buter » ;

-          21 septembre : à Saint-Sauvant (Vienne), un chasseur tue son frère avant de se rendre à la gendarmerie ;

-          22 septembre : à Guidel (Bretagne), un homme est condamné à 22 ans d’emprisonnement pour avoir tué sa femme en pleine rue à l’aide d’un fusil de chasse ;

-          17 décembre : à Bastia (Corse), devant plusieurs enfants, un chasseur se querelle avec l’un de ses voisins avant d’aller chercher son arme et de lui tirer une salve de plombs dans le bas du dos ;

-          18 décembre : à Myennes (Nièvre), un jeune conducteur entré en collision avec un véhicule de chasseurs a été poursuivi et menacé de mort à l’aide d’une dague par ces derniers.

Un phénomène très, très inquiétant, qui ne cesse de s’amplifier, et que les médias nationaux feraient bien, en toute désormais très rare impartialité, de traiter.

 

David Joly

Vice-président CVN

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