Les pervers

Alors que des femmes et des hommes éclairés, généreux, à l'avant-garde de la société, s’interrogent sur les rapports de l’homme avec les autres formes de vies, des pervers jouissent encore de la souffrance qu’ils infligent aux animaux, nos frères en sensibilité et en devenir tragique.
Deux activités ludiques, récréationnelles, vouées au spectacle, au jeu et à l’amusement traduisent cette perversité qui rappelons-le, dans sa définition objective, est le fait de jouir de la souffrance de l’autre.
La tauromachie et la chasse prouvent l’insondable cruauté de quelques semblables de pure apparence.
Qu’est-ce que la corrida ?
La mise à mort en une vingtaine de minutes d’un herbivore préalablement affaibli avant d’être offert aux sévices, aux pires tortures pour la satisfaction de foules malsaines.
Bien sûr, les imposteurs, les agitateurs de fumigènes verbeux, parlent de « sexe », de soleil, d’opéra, de tradition, de joutes de l’homme et des forces obscures, de rites d’initiés.
Ce verbiage ridicule ne cache rien de cette abjection : il ne s’agit jamais que de la torture d’une bête et nullement d’un combat, ni d’une communion de l’homme et du sauvage, d’une scénarisation de la mort sublimée.
Quand un fait, une vérité, un acte deviennent insoutenables, il suffit de dire qu’il n’a pas lieu ou qu’il est tout autre chose que ce qu’il est.
Qu’est-ce que la chasse ici et maintenant ?
Un loisir débile consistant à traquer de pauvres animaux dénaturés, dans un espace qui est de moins en moins naturel pour tromper l’ennui des dimanches et parce que d’autres le font.
Aucune nécessité vitale ou alimentaire ne justifie que des hommes repus poursuivent, mutilent et tuent des êtres sensibles.
L'excuse ? Leurs pères le faisaient, alors !
Combien sont-ils à mépriser ainsi le vivant, à maltraiter l’animal et à avilir l’humain en le réduisant à un niveau inférieur à la bête qui elle ne tue jamais pour se distraire ?
Une minorité.
Mais comme pour l’abolition de l’esclavage, de la peine de mort, du bagne et des jeux du cirque, il faut argumenter, expliquer, faire œuvre pédagogique pendant des décennies pour obtenir, après bien des batailles d’idées, une abolition qui apparaîtra, un jour, comme une conquête morale de civilisation.
Certes, corrida et chasse seraient abolies si nos cités étaient démocratiques.
Je démontre par ailleurs, dans ces lettres, qu’il n’en est rien et qu’en fait la finance et les ploutocrates contrôlent trop de « cerveaux disponibles » pour que les peuples échappent à leur emprise.
Or, chasse et corrida, bien gardées par les pouvoirs en place, prouvent que ces maîtres du temps sont pervers.
Ils ne feront rien contre la cruauté car elle représente leur fond culturel, leur idiosyncrasie.
Une société dans laquelle perdurent ces spectacles et loisirs ne peut être qu’une société d’injustice, de violence, de mépris, d'abaissement, de régression, de sacrifices, d’efforts et de douleurs érigés en vertus.
80% des Français souhaitent l’abolition de la torture des taureaux, et après ?
Les monarques électifs successifs et leur cour n’ont que faire de la « sensiblerie » à l’égard des animaux.
Faiblir devant la souffrance des taureaux ou celle des oiseaux migrateurs ou des loups conduirait à compatir à celle des salariés, des retraités, des étudiants, des employés de bureau, des infirmières hospitalières, des fonctionnaires qu’il faut appeler aux sacrifices pour le profit des oligarques.
Ceux qui gouvernent, aujourd’hui comme hier, sont des pervers inaccessibles à l’empathie.
Ils comptent l’argent, célèbrent le commerce et n’ont rien à faire de la vie.
Ces hommes dangereux provoquent non seulement la sixième extinction d’espèces par leur culte de la croissance de leurs profits, mais à terme, l’extinction de l’humanité.
Rien d’étonnant à ce qu’ils aiment la mort et l’érigent en occasion de réjouissances morbides.
Chasse et corrida révèlent, par ailleurs, un aspect inquiétant de notre société.
Sous l’influence de doctrines névrosantes, l’homme occidental fit du plaisir une faute et de la souffrance une rédemption.
Il en résulta bien des charniers, des cruautés, des barbaries et bien des malheurs individuels, des pathologies mentales.
Refuser les loisirs et les spectacles faisant du déplaisir un enjeu représente davantage qu’une simple abolition en faveur de l’animal. C’est une rupture avec une vision doloriste de la vie.
La douleur, le stress, le sacrifice, sont des maux absolus qui n’ajoutent rien de bon au monde.
D’ailleurs, il n’y a aucune faute à racheter ou à réparer par le mal infligé.
Prenons conscience du caractère névrosé de nos sociétés imprégnées de monothéismes punitifs, culpabilisants, sado-masochistes.
Ce qui ajoute du positif au monde est inversement l’aspiration aux plaisirs et aux jours heureux.
 
Gérard CHAROLLOIS

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