Bayonne : l’aveu des aficionados

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Beauf et fier de l'être



Par David JOLY - Vice -Président de la Convention Vie et Nature.


Depuis l’apparition de la mort-spectacle en France, en 1853 suite à son importation par Napoléon 3 pour contenter son épouse d’origine hispanique Eugénie de Montijo, ses adeptes y ont toujours vu une manifestation d’art, de culture, d’esthétisme que les profanes opposants à la corrida qualifient honteusement de torture et de barbarie.

Les courses de taureaux (terme officiel retenu par le Code pénal) seraient donc l’apanage de gens raffinés et cultivés qui doivent faire face, de plus en plus souvent à leur désarroi, à des hordes de barbares incultes ayant pour seul objectif la disparition de cette précieuse et inestimable tradition.

C’est du moins ce que laisse systématiquement entendre officiellement le monde de l’aficion de par la voix de ses représentants, tel André Viard, le président de l’office national des cultures taurines, dont le blog est un pur régal pour qui veut rire à se rouler par terre (voir l’excellent article de Jean-Paul Richier : par ce lien).

Le 9 août dernier s’est tenue une manifestation au sein de la ville de Bayonne, sous l’égide du CRAC Europe pour la protection de l’enfance, pour dénoncer les spectacles barbares organisés durant la feria qui génèrent non seulement une souffrance extrême et la mort de plusieurs bovidés, mais entretiennent également un déficit abyssal pour la commune  et ses habitants (800 000 € de pertes cumulées depuis 2006) grâce à la complicité des dirigeants municipaux.

Lors de cette manifestation, les militants abolitionnistes ont eu l’opportunité de croiser un échantillon du monde de l’art, de la culture et du raffinement : vous pouvez les admirer sur la photo qui illustre cet article.

J’attirerai votre attention sur le texte de la banderole que ces Shakespeare de la tauromachie avaient réalisée pour l’occasion : « Daube de toros cuisinée à la bayonnaise – 16 € le kilo ».

S’il convient de saluer le courage des militants anti-corrida pour cette énième manifestation, il est de notre devoir de congratuler avant tout les aficionados pour avoir affiché une qualité qui leur est habituellement totalement inconnue : la franchise.

Oui, bravo messieurs d’avoir enfin révélé via votre belle banderole la véritable raison qui vous pousse à aller asseoir votre postérieur sur les gradins des arènes : non pas la perspective d’admirer un spectacle d’une incommensurable qualité artistique, une représentation d’un raffinement exquis, mais bien le plaisir de reluquer un acte de boucherie réalisé au sein d’un abattoir à ciel ouvert où seuls comptent le sang qui jaillit, les lambeaux de chair et de muscle qui volent au gré des armes blanches enfoncées dans le corps d’un herbivore dont le cadavre sera ingurgité par vos soins selon apparemment une recette locale, manière personnelle de consommer totalement la victime qui vous apportera, en plus du plaisir visuel, un plaisir gustatif par l’entremise d’une recette aussi raffinée que votre précieuse tradition.

Grossièreté et perversité : voilà les valeurs enfin revendiquées par le microcosme tauromaniaque qui les a toujours véhiculées.

DJ.