Hommage à Remy Fraisse

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En ces heures où une grande partie de la presse manifeste une absence d’esprit critique, où la classe politique effectue la danse du ventre, où l’opinion publique applaudit aux coups portés au pouvoir politique déconsidéré par les exploitants agricoles, je rends hommage et rappelle la mémoire de Rémi FRAISSE.
Ce jeune botaniste de 21 ans fut tué par l’explosion d’une grenade de gendarme mobile lancée dans son dos, parce qu’il défendait une zone humide, à SIVENS dans le TARN, le 26 octobre 2014.
Il n’exerçait aucune violence à l’encontre de quiconque.
Il ne défendait pas de petits et sordides intérêts financiers.
Il militait pour une cause qui nous dépasse tous : la pérennité de la Nature.
A l’époque, quelques maïssiculteurs en mal d’irrigation offraient à une société d’aménagement de retenues collinaires et à un conseil départemental du même bord politique une occasion de profits en artificialisant un ruisseau où devait être créé un bassin de rétention.
Les dirigeants politiques choisirent la confrontation brutale avec les opposants et donc le meurtre d’un innocent pour étouffer une idée.
Les dirigeants politiques, parce que médiocres, témoignent plus de sympathies à ceux qui cassent pour garnir leurs tiroirs caisses qu’à ceux qui se mobilisent pour défendre la viabilité de la Terre et l’intérêt général.
Un homme qui porte une idée fait plus peur qu’un homme qui pense à son portefeuille.
Parlons argent, puisqu’il n’y a que cela qui les intéresse.
La France reçoit pour les agriculteurs neuf milliards par an dans le cadre de la politique agricole commune européenne.
Cela représente 22.500 euros par an par exploitation agricole.
Bien sûr, ces aides substantielles (tous les salariés ne perçoivent pas 22.500 euros de revenu annuel) sont trop mal réparties.
Certains exploitants s’enrichissent confortablement, pendant que d’autres n’obtiennent que des miettes, un ruissellement du banquet des profiteurs de primes.
Alors, très démagogiquement, le discours officiel vise à faire payer le consommateur dont les ressources sont plus proches de celles du petit paysan que du grand céréalier et qui lui ne dispose ni de puissants tracteurs pour barrer les routes, ni d’un ministère à ses ordres, ni de la pusillanimité des gouvernants « plaçant l’agriculture au-dessus de tout »
Que le monde agricole commence à mieux répartir l’argent public massivement investi en soutien à son activité spécifique.
L’agriculture intensive et concentrationnaire aboutit à un résultat remarquable : la disparition des fermes.
Ce ne sont point les normes sanitaires et écologiques qui pèsent sur les agriculteurs mais un productivisme forcené.
Si le consommateur peine à bien se nourrir, ce n’est pas faute de produits alimentaires à sa disposition, mais en raison de l’inflation, du coût croissant de l’alimentation dont la qualité toxicologique s’altère avec les biocides.
La solution ?
La politique agricole commune doit s’orienter vers une production de qualité, compatible avec la préservation de la Nature, à un coût compatible avec les intérêts du public, le tout compensé par des aides publiques aux agriculteurs en rémunération de leurs engagements envers la biodiversité et la santé.
Cette proposition va à l’inverse de ce que réclame l’agro-industrie qui manipule les exploitants en leur faisant défendre des intérêts très privés qui ne sont pas ceux de la majorité d’entre eux.
En réponse aux barrages de routes et aux souillures d’édifices publics, le pusillanime gouvernement poursuit la course à l’artificialisation, à la pollution des eaux, à la mécanisation à outrance, avec curages de ruisseaux désastreux pour la biodiversité, qui accentueront l’assèchement des sols, le tout sans contrôle, sans frein pour les abus et les violations d’un droit de plus en plus menacé en ce pays.
Une dérive réactionnaire de fond compromet la prévalence du droit, c’est-à-dire les garanties pour les humains d’être respectés par-delà les caprices, les lâchetés, les pressions des gouvernants.
Socialement, écologiquement, l’intérêt public est perdant en lecture des mesures concédées par l’état à la FNSEA qui en demandera toujours davantage.
Pour échapper à la désinformation, aux miasmes de pesticides et de carburants détaxés, au lisier et au cadavre de sanglier éviscéré devant la préfecture d’AGEN, pensons à Rémi FRAISSE.
Il nous invite à regarder vers les sommets où l’air devient plus respirable.

Gérard CHAROLLOIS
Convention Vie et Nature