Les nations, les races et les espèces

Les humains s’enferment depuis toujours dans des tribus, des cités, des nations, des peuples, des communautés, des ethnies, des identités dressées les unes contre les autres.
Que de guerres, de génocides générèrent ces appartenances meurtrières.
En biocentrisme, la seule identité, la seule appartenance qui vaillent est celle du vivant, par-delà les origines, les races et les espèces.
Tout être souffrant est notre frère en communauté de destin.
Il n’est pas de détresse qui ne soit pas nôtre et tout être confronté à la douleur, à l’angoisse mérite notre empathie.
Ceux qui marchent devant, ceux qui sont des vigies, appellent déjà à l’antispécisme et ceux qui, traînards de la conscience, ignorent cette unité fondamentaledu vivant poursuivent les errements qui endeuillèrent l’Histoire des hommes.
Cette universalisme altruiste se concilie parfaitement avec la défense des cultures et notamment de la pureté des langues que malmène, en notre temps, diverses élucubrations idéologiques.
Concrètement, en politique, peut-on être citoyen du monde et abattre toutes les divisions institutionnelles héritées de l’histoire et de la géographie ?
Il le faudra mais les scories du passé pèsent lourdement sur nos sociétés.
L’élargissement du cercle d’appartenance est un processus évolutif impliquant un socle de valeurs communes.
En cela, étape nécessaire, j’approuve l’idée d’unifier le continent européen sur un socle de valeurs que sont la laïcité, les droits de l’homme, la démocratie, puis les droits des animaux et de la nature.
D’autres régions planétaires se courbent encore sous le joug des mythes, des superstitions, de l’ignorance et il est illusoire d’y voir fleurir la démocratie, les droits humains, le respect du vivant, la prévalence des enseignements du grand livre du monde sur les dogmes oniriques des mythes religieux.
Il est regrettable que l’idéologie mercantile affairiste ait gâché l’idée européenne en inscrivant dans l’ADN de l’union des perversions telles que la concurrence, la compétition, le libéralisme économique là où il fallait inscrire la solidarité, les services publics, les hiérarchies sociales fondées sur l’utilité
commune et non sur la spéculation, la prévarication, la croissance quantitative au détriment de la nature et du lien social.
Perdus devant des processus qui les dépassent, les citoyens réagissent par des réflexes de peur et de replis identitaires dont le régionalisme exacerbé -nationalisme localiste- constitue une expression.
Aujourd’hui, la Catalogne occupe l‘actualité et demain d’autres régions connaîtront cette crispation et ce besoin de repli frileux, fruit des inquiétudes et des égoïsmes.
Or, d’expérience, les pouvoirs locaux ajoutent trop souvent à l’incompétence, le népotisme, les privilèges des lobbies, la constitution de petits fiefs pour tout petit seigneur.
Est-ce à dire qu’il faille réprimer judiciairement les tenants des petites indépendances, à l’instar de ce que fait l’État espagnol qui ose emprisonner ses opposants ?
On répond par l’idée à une idée et non par la violence, fut-elle d’État.
Une idée se discute, s’examine, se promeut ou se combat mais uniquement par la force des arguments et non par la violence de nervis ici, de la police ailleurs.
En fait, la droite espagnole n’a jamais purgé le Franquisme, le dictateur s’étant maintenu après la défaite des fascismes qui l’avaient installé au pouvoir.
La situation fut très différente dans les autres pays qui, après la guerre, se trouvaient immunisés pour un temps des idéologies funestes, grosses de malheurs pour les peuples.
L’Espagne n’a pas bénéficié de la dénazification.
Je ne suis pas pour la création de nouvelles frontières, pour la multiplication des nations à l’heure où il conviendrait d’élargir l’appartenance, mais je condamne plus encore le fait d’envisager l’incarcération de leaders indépendantistes pour « rébellions » et « insoumissions », « séditions ».
Et puis, la Catalogne abolit la torture des taureaux en 2012 ce qui vaut un brevet de civilisation !
Sommes-nous encore dans une société riche de la capacité de débattre ?
Ne succombons pas au conformisme, à l’exigence de soumission et retrouvons la voie de la libre confrontation des convictions.
A propos :
Le chef du gouvernement conservateur de MADRID serait un grand amateur de corrida, spectacle d’essence thanatophile « viva la muerte ».
Décidément, la droite Espagnole demeure marquée culturellement par le Franquisme.
En France aussi, hélas, nous en avons de ces hommes mauvais qui font de la mort un loisir, un jeu, un spectacle.
Eux et eux seuls ne sont pas de notre espèce.
 
Gérard CHAROLLOIS
 

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